Il est rare que je prenne le clavier pour réagir à chaud à un événement dans le monde. Est-ce la proximité des lieux et des faits pour réagir ainsi ? Est-ce la tristesse qui me pousse à écrire déjà ? Est-ce un sentiment de déjà vu par rapport à ceux qui ont déjà vécu des scènes similaires comme en France, en Côte d’Ivoire, au Yemen, en Turquie, au Mali, en Palestine, en Israël, en Egypte, au Maroc…
Et en même temps, la réponse que je donne, à chaque fois, n’est-elle pas la même, éternellement la même… continuer à travailler avec les jeunes avec ce qui fait l’ADN d’Asmae : la participation ? Géry, ne radotes-tu pas ?
Est-ce pour me convaincre que nous voyons juste dans Asmae tout en se sentant démunis, presque bras ballant alors que nos bras devraient enserrer nos amis de la communauté musulmane qui souffrent aussi d’avoir un être chers décédés ou blessés. Les blessures peuvent être physiques mais aussi morale. Avec toujours cette même question lancinante : Que se passe-t-il dans la tête d’un jeune pour arriver à de telles extrémités ? Quelle souffrance a-t-il vécu pour accepter de faire sauter une ceinture d’explosifs en voulant faire le plus de mal possible. De même, je me suis posé des questions face à la passivité apparente de la communauté musulmane… Mais pourquoi donc elle ne se révolte pas ! Voici trois points de vue
Marre, marre, marre…
Ce matin un ami m’a envoyé la vidéo « coup de gueule »1 de Ramous, artiste, auteur, compositeur et Comédien musulman de Lyon en France qui transmet sa solidarité avec les belges endeuillés mais aussi avec les français et les victimes de tout les pays à travers une vidéo… Même si ce discours paraît un peu long, on ressent toute son animosité face à ceux qui détruisent, à petit feu, les solidarités qui existent encore entre ceux venus d’ailleurs et ceux qui étaient là avant. Ils s’intègrent dans la communauté humaine par le fait même de son discours de rejet de toutes formes de violence qui nous touche tous au coeur de notre humanité.
Son appel est une sonnette d’alarme aussi car il nous invite à nous tendre la main, il nous invite à être encore plus solidaire, à ne pas se stigmatiser l’un et l’autre. Il a envie de marcher la tête haute, ne pas raser les murs, ni pour ses enfants, ni pour ses parents. Il a envie de vivre ensemble. Il faut écouter ce coup de gueule, le faire sien. Ils nous invite d’ailleurs à faire aussi des coups de gueule dans nos vies pour se faire violence et ainsi participer au vivre ensemble.
Comment réagiraient les musulmans si des terroristes chrétiens se faisaient sauter au milieu d’eux?
C’est au tour d’une femme, journaliste d’Arabie saoudite, vivant en exil au Quatar pour pouvoir écrire en toute liberté. Nadine Al-Budair imagine que ce sont des fanatiques chrétiens qui se font exploser au milieu des populations musulmanes des villes. Son texte inverse les rôles pour mieux réaliser une introspection. C’est sa manière, certes moins véhémentes, de critiquer les pouvoirs en place, ces pouvoirs musulmans qui sèment la terreur « incognito », comme si nous ne savions pas que l’Arabie Saoudite a une énorme part de responsabilité dans les attentats de Bruxelles ou de Paris.
Cette journaliste risque sa peau en dénonçant les pratiques de ses compatriotes comme celles de tous les musulmans radicaux, même si ce texte date de décembre 2015, il est pleinement d’actualité. C’est une manière très féminine de faire un coup de gueule, à méditer aussi.
Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse dans la rue pour condamner ?
Ce très beau texte d’Ismaël Siadi, auteur et réalisateur de cinéma, télévision et de théâtre sur sa page facebook montre combien la communauté musulmane est touchée profondément par ce qui se passe. Cette communauté se sent victime des attentats qui sont d’une très grande lâcheté. Il nous explique pourquoi les musulmans ne descendent pas massivement dans la rue pour lutter contre ces barbares qui essaient d’emmener avec eux une frange de la population pour mieux répandre la terreur. Et cette communauté ne se laisse pas faire. Elle ne veut pas de cette violence, de ces exclusions alors que quelque part, elle vit ces exclusions au quotidien. Rappelons-nous que les métiers dont nous ne voulons plus sont tenus par eux. Merci Ismaïl de nous les remémorer.
Et nous là-dedans ?
Bien sûr nous compatissons aux douleurs des familles des 34 personnes décédées et des 260 blessés qui totalisent une quarantaine de nationalités.2 Il faut dépasser ces grands moments de tristesses pour agir positivement comme tendre les mains vers la communauté musulmane en signe de solidarité envers leurs souffrances d’être sans arrêt stigmatisé. Un regard suffit parfois pour exclure. Changeons le. Ces témoignages aussi différents les uns que les autres sont des appels à la reconnaissance des différences culturelles, de pensées, de philosophie, qui fait toute notre richesse dans notre pays à facettes multiples.
Tendons la main pour mieux nous serrer les coudes devant tant de haine, de barbarie. Ils veulent détruire notre unité, ils ne réussiront pas. Surréaliste nous sommes, surréaliste nous resterons. Le surréalisme à la belge est de tendre la main vers l’autre qui nous est différents. Nous l’avons toujours fait, pourquoi ne pas continuer avec nos amis musulmans, avec les réfugiés, avec les immigrés, avec les belges ou non, première ou trentième génération. Nous sommes appelés à vivre ensemble, jeunes et moins jeunes, homme, femme, toutes religions ou philosophies confondues sur notre belle terre qui, elle aussi est de plus en plus mal en point. Mais là c’est une autre histoire, nous en reparlerons demain.
Je laisse le mot de la fin à Sébastien qui est intervenu dans La Libre Belgique de ce 23 mars : « Je suis fort attristé par les attentats et je suis de tout coeur avec les familles des victimes. Cependant, je tiens à préciser que je suis totalement contre toute mesure qui viserait à discriminer ou mettre en place une surveillance globale. Ceci ferait de facto, de chaque citoyen de ce pays, un terroriste potentiel. La question qui reste ouverte, est, comment est-ce que JE peux faire pour ne pas empirer la situation, et qu’est ce que les politiques (qui sont censés nous représenter) pourraient faire ? La réponse la plus équilibrée me semble-t-il, pour les politiques est de résoudre les vrais problèmes du pays (économique, répartition des richesses, santé, …) et de faire comme la Norvège l’a fait avec Breivik, c’est à dire ne rien faire. Je les invite donc à se poser les bonnes questions, même si ça nécessite d’aborder des sujets qui fâchent ou d’écorner son image politique. Qu’est-ce qui a fait que des êtres humains ont pu commettre des actes aussi immondes ? Quelle est la responsabilité de chacun de nous dans ces attentats ? En insultant quelqu’un, en l’humiliant, et tous les autres traitements dégradants auxquels nous sommes confrontés tous les jours, on ne fait que du mal autour de soi. On peut tous devenir meilleurs avec nous-mêmes d’abord, avec les autres ensuite. Comme le disait Matthieu Ricard dans son plaidoyer pour l’altruisme, l’homme n’est pas un loup pour l’homme, et il démontre bien qu’il n’est PAS naïf de croire qu’on ne va pas se faire tuer à chaque coin de rue, que tout le monde va se mettre à essayer d’exploiter tout le monde, et que même sans un arsenal juridique compliqué le monde ne vas pas se transforme en chaos (que du contraire même). On n’est pas en guerre, le simple fait de leur accorder du temps cerveau et de la peur ne fait que les renforcer… Donc regardons chacun en nous, comment devenir plus sage et ne pas blesser autrui, c’est ça notre plus grande responsabilité après ces actes barbares…«
Géry de Broqueville
Note : Et surtout, le mot « croisé » du titre n’a rien avoir avec le nom donné par Daesh aux victimes des attentats.

