De l’aide apportée au Rwanda, on ne connaît que celle des grands organismes internationaux ou européens. Les médias ont lancé beaucoup d’appel en faveur de MSF, Médecins du Monde, Caritas ou la Croix Rouge, A force de n’entendre que les mêmes, l’opinion publique finit par penser qu’il n’y a que ces organismes qui récoltent des fonds et travaillent au Rwanda. Et pourtant, beaucoup d’autres associations et mouvements font aussi preuve de solidarité, sans tee-shirts voyants pour les caméras et sans flashes des photographes. De tous les réseaux internationaux existants, celui du scoutisme semble le plus engagé, Une réelle solidarité, également africaine, s’est ainsi mise en place.
Si nous choisissons de parler de ce mouvement, c’est parce que nous en sommes proches à trois titres: beaucoup de membres d’Asmare ont été ou sont encore membres des mouvements scout et guide, nous avons deja apporté des appuis humains, matériels et financiers à l’Association des Scouts du Rwanda (ASR) et à l’Association des Guides du Rwanda (AGR), le mouvement scout s’est montré, dans la tourmente rwandaise, d’un grand dynamisme.
Il est vrai que le mouvement scout n’est pas un petit mouvement en soi puisqu’il regroupe en une association par Pays, tous les membres l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS) dont le siege est à Genève. Il est vrai Forum aussi que les associations locales peuvent être considérées comme de petites associations en comparaison avec ces « monstres » de l’aide d’urgence.
En Europe, nous avons eu beaucoup de contact avec la DPSG1 et la Fédération des Scouts Catholiques (FSC) pour ce qui concerne le délicat problème de l’obtention de visas pour la Belgique donnés par les ambassades de Belgique placées dans les pays limitrophes du Rwanda.
La DPSG a envoyé, par deux fois, l’un de ses cadres, Heino Zeeger, pour venir en aide aux Rwandais de l’ASR. Heino vient de terminer, début aout, une mission pour faire le compte des personnes encore en vie. Nous savons maintenant que la grande majorité des Rwandais que nous connaissons sont au Congo. Si nous n’avons pas encore de nouvelles de certains autres, cela ne veut encore rien dire sur leur sort. Nous avons aussi appris la mort de la mère de Jean, Béatrice et René Sibomana,2 ainsi que celle d’Immaculée Mukankubana et celle d’Alphonse Ndongozi, tous deux employés de l’ASR.
A l’instar de la population, les membres de l’ASR sont éparpillés un peu partout, au Rwanda, au Congo, au Burundi ou en Europe. Beaucoup de témoignages indiquent que toutes ces personnes, avec des muyens limités, agissent là où elles sont arrivées La plupart des membres des Centres de Formation Scoute (CFS) de Kigali, de Gisenyi et de Ruhengeri se trouvent en ce moment à Goma; ceux du CF5 de Butare sont, en partie, dans un camp à Bukavu (Zaïre) et dans la zone qui était occupée par la France, notamment à Gikongoro.
Alors que toutes les chaînes de télévision françaises glorifiaient les courageux soldats français « en train d’enterrer les morts », il faut savoir qu’ils conduisaient les tracteurs et autres pelleteuses, mais que les corps étaient portés et manipulés par des Rwandais et des Congolais, parmi lesquels beaucoup de scouts. Avant cela, des témoignages nous ont montré que des scouts avaient eu une attitude extrêmement courageuse en sauvant des personnes menacées.
Nous savons que, dès le début des massacres, beaucoup de membres de l’ASR on continué à travailler non plus en terme de projet, mais en terme de service. Il est bon de le dire et de l’écrire, étant donné que l’opinion internationale a trop tendance à croire que seuls les Européens ou les Américains agissent pour la sauvegarde Rwanda, du Des centaines de médecins et d’infirmières, des scouts, des religieux et des religieuses, des responsables et des membres d’ONG, tous de nationalité rwandaise, travaillent sans relâche au service de la population des camps de déplacés à l’intérieur du Rwanda ou dans des camps de réfugiés à l’extérieur du pays et ce, avec les moyens du bord.
D’autres associations scoutes africaines se sont aussi mobilisées. Nous avons déjà cité les scouts congolais. L’Association des Scouts du Burundi a créé une équipe d’aide humanitaire pour assurer l’animation et le soutien aux populations rwandaises des camps du nord du Burundi, spécialement aux enfants, alors que, dans leur propre pays, la situation va en s’empirant de jour en jour.
Alors que des troubles se déroulent régulièrement dans certaines communes du Burundi, l’Association a engagé 2 coordinateurs sur le terrain et 12 animateurs qui assurent un complément nutritionnel pour les enfants et 50 animateurs sociaux qui travaillent dans les camps.
mémoire de toutes les victimes, ils ont fait une récolte d’argent qu’ils ont envoyé aux scouts burundais pour appuyer leur travail avec les populations rwandaises dans les camps. Les responsables des scouts et de deux autres organisations internationales ont organisé une marche, le 16 juillet, à travers les rues de Lomé, la capitale, en vue de remettre un message adressé à J’OUA via le Premier Ministre du Togo. Cette même association scoute du Togo est prête à héberger des scouts réfugiés du Rwanda.
La branche africaine de l’OMMS, située à Nairobi (Kenya) a, par ailleurs, accueilli 14 personnes travaillant avec l’ASR et l’AGR, pendant un mois, avant qu’elles obtiennent un visa pour la Belgique. Quant aux scouts de Tanzanie, ils travaillent, de manière indi- viduelle, dans les camps situés à l’ouest de leur pays. Sans oublier les scouts tchadiens se sont dits prêts à accueillir des scouts réfugiés rwandais. D’autres associations scoutes africaines encore ont montré un élan de solidarité envers leurs frères et soeurs scouts rwandais. Cela doit rester un très bon exemple pour les pays africains et européens qui ont mis beaucoup de temps à réagir à ce drame.
Géry de Broqueville
Note : Cet article est paru dans la revue Passerelles #12 de septembre1994 dans la rubrique : Rwanda, à la recherche de pièces manquantes., p.7-8.

