A la lecture de ce titre, certains se réjouiront de l’orientation que pourrait prendre cet article. La femme au foyer pourrait « se contenter » d’éduquer les enfants, de faire les courses et préparer le repas de monsieur. A contrario de cette image, la femme souvent joué un rôle important, parfois ambigu, dans la vie politique, économique et sociale de son pays- Ainsi, de Hatshepsout, en Egypte au XVème Siècle avant I-C à Talisma Nasreen au Bangladesh qui, dernièrement, a été condamnée à mort pour ses écrits et a pu quitter son pays, en passant par Diane de Médicis ou Marie Curie, les femmes ont pris part à la construction de l’Histoire du Monde. Si les historiens européens ont amplement admis que la femme a déja eu un rôle historique, il n’en va pas de même en Afrique, où elle est souvent auscultée voire dénigrée.
Certaines femmes ont marqué l’histoire de leur pays de façon ambiguë. Ainsi, la Rwandaise Kanjogera au XIXème Siècle, mère du Mwami Yuhi ler qui prit la place de son père grâce à des calomnies subtiles, des strangulations discrètes, des conseils piégés, jusqu’à la guerre, le tout dispensé par la reine-mère Kanjogera. « Cette ascension féroce va se payer, durant trente-cinq ans de règne, par des vendettas, des;factions, des soulèvements, toute une série de déchirements internes. La mainmise des Allemands et, plus tard, celle des Belges, ébranlent, puis déracinent une dynastie quasiment millénaire ».1
« Haïe ou admirée, fascinante en tout cas pour les Rwandais eux-mêmes, redoutée par les Belges, Kanjagera incarna un code de valeurs sociales où les mots vice et vertu ne peuvent pas être traduits selon les normes d’aujourd’hui.2
L’Histoire de l’Égypte moderne donne une place toute particulière à Hoda Chaaraoui. Née en 1879, elle est destinée à suivre le rôle résigné de la femme égyptienne. D’origine aristocratique, elle est mariée à l’âge de 13 ans à un veuf d’âge mür, Ali Chaaraoui Pacha.
En 1919, elle fut la première à lancer une manifestation de femmes contre le colonialisme anglais. Ce fut un spectacle incroyable que de voir ces trois cents femmes, voilées ou non, défiler dans la rue. En 1923, au retour d’un colloque international sur le suffrage des femmes, elle rentre en Egypte avec le visage découvert. Le scandale est énorme. Elle est
décédée en 1947 et laisse à la femme égyptienne un modele de lutte féministe.
On pourrait encore citer des centaines de
femmes qui ont marqué leurs pays et qui sont devenues de véritables modèles pour ceux qui
réclamaient notamment leur indépendance. Ainsi,
l’Algérie chante encore les histoires des deux Djamila (Bouhired et Boupacha) qui ont lutté des 1956 dans la guerre d’Algérie. Ces deux femmes mirent en exergue les tortures faites par l’armée française aux algériens. Leurs luttes ont été relayées par Simone de Beauvoir, Françoise Sagan et Picasso. Par les luttes qu’elles ont incarnées, ces femmes sont devenues des modèles pour des milliers de femmes qui sont obligées de rester dans l’anonymat du foyer.
Parlons-en du foyer
Si certaines femmes ont lutté pour donner un femme que celle de génitrice ou baby- sitter, elles n’en maîtres du foyer et de l’éducation des enfants. Tandis que l’homme « parade » Tralalllet femme généralement tout à dire aux enfants..et au mari.
*La femme est essentiellement perçue comme donneuse de vie et l’on a montre, Par exemple, chez les Dogons, qu’on ne peut séparer, de ce point de vue, son activité sexuelle de son activité nourricière. Par la nourriture qu’elle prépare et l’eau qu’elle puise, elle sustend la vie de son mari et prend, dans cet ensemble de tâches, la place qu’occupait la mère de ce dernier ».3
La mère aura toujours une place prépondérante dans la vie de l’enfant. Si elle est injuriée par un autre homme, l’enfant le ressentira comme une blessure profonde. L’autorité morale de la mère reste toujours considérable même si le régime familial ne lui reconnait aucune autorité légale.4
« Si la prééminence du rôle maternel est incontestable durant toute la première enfance, la répartition des rôles entre père et mère est, par la suite, plus variée et plus difficile à définir. Cette constatation universelle s’explique par le fait que l’univers paternel est entièrement culturel, alors que l’univers maternel repose sur des fonctions qui S’enracinent plus fondamentalement dans la nature*.5
Si le père peut être parfois complètement absent de l’éducation du petit enfant, sa place devient de plus en plus grande des l’adolescence et, dans certains cas, dès l’âge de 7 ans. Si le père venait à disparaitre prématurément, c’est le parent mâle le plus proche par le sang, donc en principe l’oncle maternel qui est le principal détenteur de l’autorité. Alors que les garçons reçoivent les enseignements qui les feront devenir pères, les filles, quant à elles, restent dans l’orbite éducationnel de la mère et de la tante jusqu’au mariage, et done reproduiront les mêmes schémas de génération en génération.
Femme et développement
Toutes les organisations internationales et les ONG tablent de plus en plus sur la capacité de la ferme à devenir agents du développement. Ainsi, la femme, par son esprit d’initiative, sa capacité de. travail tant au sein de la maison qu’aux champs, est de plus en plus reconnue comme celle par qui le développement arrivera. A l’Association des Scouts du Rwanda (partenaire d’Asmae), beaucoup de postes à responsabilité financière, par exemple les postes de caissières des Centres de Formation Scoute, étaient très souvent tenus par des femmes. Un des responsables de l’ASR nous avait confié que c’était délibéré : « les femmes gèrent mieux l’argent, sont plus honnêtes et mieux organisées » Plus fort: « le développement vu seulement au masculin, aboutit à un non-développement*, écrivait dernièrement une chercheuse de l’ORSTOM.6
De plus en plus d’acteurs du développement en sont persuadés, « Cultivatrice ou commerçante, responsable de l’alimentation du ménage, souvent chef de famille, la femme africaine est appelée à occuper une place importante dans les projets… si l’on veut un réel développement ».7 En Afrique, les femmes constituent plus d’un tiers de la main-d’œuvre, accomplissent 70 % du travail agricole, 80 % de la production des denrées alimentaire, 100 % de la transformation des produits de base et 60 à 90 % de la commercialisation.
Les femmes n’ont aucun droit sur la terre qu’elles cultivent. C’est le mari qui en est propriétaire. Lorsque ce dernier part pour trouver du travail en ville, c’est la femme qui devient chef de famille. Ses revenus ne sont pas muis dans un pot commun parce que le régime de la communauté de biens n’existe quasiment pas. Pour que la femme devienne réellement actrice de développement, beaucoup de chemin reste à faire, beaucoup de luttes sont encore à mener dégrader. La femme n’a jamais droit à la propriété, rarement droit au crédit, peu accès à la formation… De nombreux projets ont connu ainsi de réelles difficultés, car les fermes finissaient par faire de la résistance active ou passive.
Par ailleurs, la femme n’est pas valorisée pour ses capacités. Trop de projets ont apporté aux femmes, en quête d’engrais et d’outils, des projets de couture, de broderie ou de cuisine !
Qui dit développement dit éducation…
…Ou plutôt formation. La femme se doit d’être formée selon ses aspirations. Ainsi, le Commission Formation des Femmes pour le Développement (CCFDA) au Tchad essaye de montrer aux femmes leur place de choix dans le processus de développement et de leur ouvrir les portes de la connaissance dans tous les domaines. La formation s’yfait à trois niveaux: « La formation intellectuelle et économique se compose de l’alphabétisation fonctionnelle, de l’alphabétisation conscientisante (femme et développement, notion de développement,
les organisations de femmes, la femme face à ses devoirs et à ses droits), et de l’alphabétisation en français (français courant et pratique); ensuite, vient la formation en gestion des produits agricoles et pastoraux et la gestion de l’argent.
La formation spirituelle et culturelle est basée sur des notions de foi, de culture et de coutume. La formation sociale englobe les problèmes de famille, société, santé, éducation des enfants… »8
En fait, il ne suffit plus de former la femme pour être une bonne ménagère. Le contexte actuel exige de la femme plus d’ouverture et des engagements formels dans différents secteurs.
A Nubareya
A l’instar de ce projet de cette ONG tchadienne, l’action menée à Nubareya par Caritas Egypte prévoit que les femmes puissent développer des projets dans la conservation des produits agricoles, la transformation des produits de cueillette agricoles ou pastoraux, la commercialisation des produits, la gestion et la protection de l’environnement… Tous des secteurs et d’autres encore offrent des alternatives intéressantes pour la femme puisqu’elle devient non seulement actrice du développement, mais qu’elle permet à sa famille d’augmenter son revenu, ce qui donne automatiquement au mari un autre regard sur sa femme. Les activités des femmes deviennent complémentaires de celles des hommes.
Pour que l’Afrique s’achemine enfin vers un développerent durable et à visage humain, il faudra encore bien des luttes au plus haut niveau comme à celui de la femme en milieu rural.
Les premières Dames s’engagent
Fin février 1994, les Premières Dames de 15 pays se sont réunies à Bruxelles sous la présidence de la Reine Fabiola pour réfléchir et trouver des solutions afin d’améliorer la situation de la femme dans les pays du Tiers-Monde, A cette occasion, la Reine déclarait ; Soyons en bien conscients : pour provoquer le changement, il faudra modifier, non seulement des comportements, des modes de vie et de travail, mais aussi des mentalités enracinées depuis des millénaires ».9
Les femmes des dirigeants de pays du Nord et du Sud ont décidé de se réunir, tous les ans, en vue d’analyser les progrès de leur démarche et de pousser les gouvernements à dépasser leur souci de ne s’occuper de la femme que dans leur politique de coopération au développement, mais bien d’en tenir compte dans tous les aspects de développement de leur pays et ce, y compris dans le cadre de l’éducation.
Géry de Broqueville
Note : cet article est paru dans la revue Passerelles #12, septembre 1994, dans le dossier intitulé Femmes qui portent, femmes qui supportent, p.23-26.
- Collectif. « Femmes d’ Afrique », lucke de l’exposition, CEC, Bruxelles, 1993, p.33. ↩︎
- Ibid. p.32. ↩︎
- Pierre Erny, L’enfant et son milieu en Afrique noire, Payot, 1972, p.66. ↩︎
- Halfaouine, l’enfant des terrasses, le film de Férid Boughedir, 1990, illustre bien ce passage de l’enfance et des femmes à l’adolescence et le monde des hommes. ↩︎
- Ibid,p.69. ↩︎
- Office de la recherche scientifique et technique d’outre-mer. ↩︎
- L’intégration des femmes dans le développement, une nécéssité, in Spore, 1993, p.1. ↩︎
- Sœur Mariam Guorgui, in communauté africaine, n°43, 1993, p.11. ↩︎
- Françoise Donnay, les premières danses solidaires des femmes rurales, in Dimension 3 #2, AGCD, 1994, p.6. ↩︎

