En décembre 1997, une session de formation en recherche-action participative (RAP) « Je participe, tu facilites » s’est déroulée à Djibouti-ville pendant 11 jours pour 32 animateurs issus de diverses associations de la ville. Cette session était organisée par Caritas Djibouti dans le cadre d’un programme plus vaste de formation des animateurs.
Soutenue financièrement par Caritas France, le Ministère de la Coopération Française et l’Union Européenne, cette session a été animée par un duo composé d’un Djiboutien, ldriss M. Guelheh et de l’auteur de ces lignes. Cette session était une première du genre. En effet, Caritas Djibouti commence à voler de ses propres ailes en ce qui concerne l’emploi de cette méthode RAP.
Celte session a été organisée, il faut le rappeler, dans la foulée de celles qui ont été organisées au Caire en 1995 et à Djibouti en 1996. ldriss y participait chaque fois. Par ailleurs, il n’a jamais attendu la session suivante pour démarrer des RAP dans la ville de Djibouti. Si certaines n’ont débouché sur aucun résultats, d’autres ont permis à des groupements de commencer à se prendre en main.
Apprendre à « mourir »
La méthode est compréhensible par tous. Les étapes ne sont pas compliquées en soi. Elles sont basées sur un processus que nous faisons tous, à tout instant et que Cardijn a si bien visualisé avec le « Voir, Juger, Agir ». Toute la difficulté revient à ce que l’animateur accepte de « mourir » pour que ce soit le groupe-cible qui fasse cette démarche. L’animateur doit accepter de perdre le pouvoir de trouver, lui-même, des solutions à la place du groupe cible. Le rôle de l’animateur est celui de facilitateur. C’est un rôle subtil qui demande de l’humilité, du respect de l’autre en tant que personne capable d’agir à sa place. La réapparition de l’animateur se fait juste au moment de l’action. Mais quelle joie de voir un groupe qui trouve, lui-même, une solution à son problème. Tout cela a bien été intégré par Idriss.
Ainsi, il a déjà initié, directement en contact avec un groupe-cible, pas mal d’animateurs qui ont eu besoin, à un moment donné, de recevoir plus de « théorie ». La session, bien que éminemment pratique, a permis cela.
Animateurs que de nom
Quand nous parlons d’animateur , nous pensons à des personnes fOImées aux techniques d’animation. A Djibouti, il n’y a pas de formation si ce n’est au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Ainsi, les personnes que nous avions devant nous n’étaient animateurs que de nom, à quelques exceptions près.
Beaucoup d’associations djiboutiennes naissent dans les « Madrass », Quiconque peut ouvrir un Madrass dans sa maison, son appartement… en vue de « brouter le khat ». Il s’agit d’un rassemblement d’hommes qui, dès midi, ingurgitent le khat, drogue mélangée au coca et à la cigarette qui donne des effets hallucinogènes et permet à chacun de faire la révolution pour que les choses changent.1 Et cela se déroule comme cela tous les jours. Même si je ne vais pas faire plaisir à mes amis djiboutiens, le khat n’a jamais permis à un Djiboutiens de s’en sortir. Il fait rêver, point à la ligne!
Ainsi, des animateurs, dans la session, ont voulu réunir les groupes-cibles avec lesquels ils travaillaient et ont appliqué la méthode RAP tout en broutant le khat (moyens de se faire accepter par le groupe-cible) et ils s’étonnent que cela n’ait rien donné de bon!
Ainsi, face au manque de formation des animateurs des associations, il est intéressant de noter que Caritas est en train de mettre au point, outre la session et le suivi des animateurs qui y ont été formés, des modules de formation à l’animation, à la gestion de projets, à la réalisation de dossiers de financement.
Un volet spécial est en passe de démarrer: l’éducation à la paix. Ce programme, coordonné par Robert Carton, prend tout son sens dans un si petit pays peuplé de 500.000 personnes où deux ethnies, les Issas et les Afars, se côtoient difficilement. L’ombre des massacres au Rwanda plane toujours sur ce pays. Il n’est pas impossible que la tentation génocidaire puisse exister chez les uns ou les autres …
Dans ce sens, ASMAE va commencer à apporter un appui à ce programme, notamment à travers l’envoi de documents sur le génocide rwandais pour servir de base à la réflexion de groupes de Djiboutiens. La formation est donc une des priorités de Caritas. Toutes les associations ne naissent pas dans un Madrass, heureusement! Certains animateurs sont de très bonne volonté, mais manquent, non pas de moyens financiers comme ils le croient trop souvent, mais de moyens humains valablement formés et ayant assez d’imagination pour dynamiser les solidarités locales.
Géry de Broqueville.
Note : Cet article est paru dans Passerelles n°26 – mai 1998 – page 7-8
- Le soir, émoustillés par les fantasmes, les hommes partent en « patrouille », pour chasser la femme. Ces dernières n’en ont pas peur ! En effet, les effets secondaires leur font dire, entre elles, avec un large sourire entendu, que c’est toujours la débandade ! ↩︎

