S’il y a bien un endroit où j’ai eu une envie folle de me coucher sur le sol, c’est en plein milieu de la Chapelle palatine se trouvant dans le Palazzo de Normanni de Palerme. Cette chapelle est un lieu d’émotions, partagées du reste, avec toutes les personnes qui se trouvent dans ce lieu par hasard en même temps.
Les millions de petits carrés de mosaïque en marbre ont été assemblés dans ce lieu entre 1132 et 1140, nous donne une émotion indicible. Cette émotion est ingurgitée par notre cerveau et notre cœur, ne se fait que par le regard. Il est bien évidemment impossible de toucher autant de beauté. Il est rare pour moi de rencontrer une telle extase devant tant de beauté qui m’a laissé bouche bée…1

La chapelle palatine est aussi une rencontre entre trois grandes cultures et religions : les byzantins, les catholiques et les musulmans. Son architecture est remarquable de simplicité mélangeant de multiples périodes. Construite au XIIe siècle par le roi normand Roger II 2, la chapelle Palatine est située au premier étage dans le Palais Royal de Palerme, qui était autrefois la résidence des rois normands et des souverains aragonais. Au niveau des fondations du bâtiment des restes architecturaux remontent au moins jusqu’au VIIe siècle ante christum. C’est dire que cette chapelle reçoit des ondes très anciennes des bâtiments successifs.
Des millions de mosaïques

J’ai pris, en photo, une section de mosaïque qui montre la profusion des marbres que l’on trouve plus haut, au niveau des personnages représentés sous les plafonds de cette chapelle. Enparlant de ces derniers, ils sont en bois placés et sculpté en forme de stalactites par les artistes musulmans.

Les artistes ont ainsi réalisé une œuvre magistrale seulement en trois ans. Seule la foi peut déplacer des montagnes de mosaïques. C’est presque inimaginable. Et pourtant, ils ont fait de même dans une autre église dans les environs de Palerme, Monreale. Une très grande cathédrale qui a permis à d’autre artistes byzantins de montrer leurs remarquables techniques de la mosaïque.

Cette cathédrale mélange les techniques des catholiques normands, des byzantins et des musulmans dans un respect mutuel. C’est une belle leçon de respect humain qui fait cruellement défaut en ce début de XXIe siècle.
Laver dans le sang
Cette entente me fait penser au petit-fils de Roger II qui n’est autre Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), roi de Sicile, lui-aussi. Son père était Henri V empereur du Saint-Empire romain germanique. Ce dernier avait épousé Constance de Hauteville, fille de Roger II, roi de Sicile. Frédéric II, influencé par cette entente entre ces trois mondes à continuer à faire la paix. Je vous passe les détails de sa vie excellemment bien racontée dans un livre de poche. 4
Toujours est-il qu’il a été excommunié deux fois, par le Pape Grégoire IX. La première fois parcequ’il rechignait à organiser une croisade. La seconde parce qu’il a organisé la sixième croisade, l’unique croisade pacifique. En accord avec les byzantins et les musulmans, il a décrété que Jérusalem était une ville « internationale » où se côtoyaient toutes les religions. Il s’est octroyé le titre de Roi de Jérusalem avec le sultan Al-Kahim, comme gouverneur de la ville. Cette situation allait durer 50 ans. Les pèlerins de tout bord pouvaient en toute quiétude aller à Jérusalem.
Mais Grégoire IX ne l’entendait pas de cette oreille. Pour lui, il fallait prendre Jérusalem par une bataille pour laver dans le sang l’injure qui est de pactiser avec le diable, représenté par les musulmans. Depuis la septième croisade, la région de Jérusalem est sous tension. Cela dure encore actuellement avec la tragédie du peuple palestinien qui revendique l’Est de Jérusalem comme sa capitale, acceptant que l’ouest soit réservée aux Israéliens.
Il faut donc remonter loin pour comprendre ces guerres incessantes entre ces trois mondes où les byzantins allaient être remplacés, bien plus tard, par les juifs. Gageons qu’un jour la paix de Roger II et de Frédéric II de Hohenstaufen soit renouvelée dans cette Jérusalem qui a tant souffert.
Géry de Broqueville
- A l’exception de la merveilleuse naturequi nous entoure dont nous ne percevons plus sa Beauté. ↩︎
- Il ne s’agit pas des Plantagenet comme on aura vite tendance à les citer. Roger II de Sicile ( 22 décembre 1095 – 26 février 1154 ) est le second fils du comte Roger de Hauteville, premier comte normand de Sicile, et d’Adélaïde de Montferrat. ↩︎
- C’est le terme utilisé par les byzantins pour définir le Christ créateur de toutes choses. ↩︎
- Marcel Brion, Frédéric II de Hohenstaufen, Livre de Poche, réédité en 2022. ↩︎

