Oui elle a besoin d’eau. Ce titre est un réel cri du cœur ! A l’heure de lire ce texte, j’ose espérer que la rage de dent du responsable du forage sera terminé ! Car il en va ainsi. La ferme-école devait voir son puits empli de 8 m d’eau à partir du jeudi 6 février. Il n’en est rien. Le responsable du forage a une rage de dents. Il attend que cela passe…

Mais la nature n’attend pas ! Les plantes ont soif. Le puits creusé par le passé a été très bien construit. Hélas, en période de saison sèche comme actuellement, les 14 m de profondeur ne sont plus suffisant. Il reste 30-40 cm d’eau dans le puits 14 m. A cet endroit représente la niveau supérieur de la nappe phréatique. Il y a deux an, ce niveau était 3 m plus haut. La décision la plus sage était donc de descendre le puits de trois mètres supplémentaires. Nous nous sommes rendus compte qu’avec ce système il faudrait descendre le puits, avec un puisatier, de trois mètres tous les deux ans ! C’est absurde !

Des forages multiples

Dans la région, il y a de moins en moins de nouveaux puits mais bien des forages. La province à bien effectué un forage qui descend à 180-200 m dans le sol pour alimenter en eau courante les villes et villages. Au vu de la baisse généralisée des nappes phréatiques, de plus en plus de personnes réalisent des mini-forage à 20-25 m dans le sol. La conséquence directe est la baisse du niveau de la nappe phréatique au point où les puits sont à sec durant la saison sèche.

La seule solution est de réaliser un mini-forage dans le puits actuel. C’est la meilleure solution, la moins onéreuse. Avec 10 à 20 m de forage le puits actuel aura 8 m d’eau de manière perpétuelle. Cela nous changera de nos 40 cm d’eau au fond du puits !

Lorsqu’il y aura assez d’eau dans le puit, l’équipe de la ferme pourra descendre la pompe solaire dans le puits et remplir le premier bassin de rétention d’eau qui a été construit lorsque Florian et moi même nous étions en mission pour « Pas à Pas« , en janvier de cette année. Il est prévu la construction de trois autres bassins de rétention d’eau dans la ferme. Ces bassins sont au 3/4 enterrés pour garder la fraîcheur de l’eau.

Le premier bassin est plus grand que les autres étant donné qu’il y aura aussi de la pisciculture en eau douce. Les déjections des poissons vont ainsi enrichir l’eau qui sera arrosée sur l’espace maraîcher se trouvant à coté du bassin. Voilà une belle idée proposée par Abel que nous avons de suite mis en pratique.

Les calabash

La ferme-école sera la première dans la région à collecter les eaux de pluie en provenance des toits des bâtiments de la ferme. C’est assez incroyable que dans une région en manque d’eau, personne ne pense à récolter l’eau et à l’entreposer dans des citernes. Une technique en provenance de Guinée-Bissau sera utilisée tout prochainement, et en tout cas avant la prochaine saison des pluies, de juin à novembre.

Le premier bassin de rétention d’eau qui accueillera les poissons

Ces réservoirs appelés « Calabash » sont fabriqués en ferrociment ce qui permet aussi de conserver l’eau le plus longtemps possible avec une température de 14-15 degrés maximum. Trois « calabashs » de 10.000 litres seront construites à coté des bâtiments existants, et une de 5000 litres à coté des poules. Cet espace sera alors indépendant en termes d’eau. L’équipe envisage de renforcer l’élevage des poules avec des canards.

La ferme doit devenir un modèle de développement pour la région. Il est donc important de faire passer le message à la population qu’il est temps de replanter des arbres. Or pour replanter, il faut de l’eau. Cette eau, rare, tombe aussi du ciel de manière abondante un minimum de 5 mois sur l’année.

Les arbres, ces pompes à eau !

Sans arbres, la région se meure. Or les habitants abattent plus d’arbres qu’ils n’en replantent. Ces arbres coupés servent à mille usages dont le plus important est celui de chauffer les aliments. Lors du creusement du premier bassin, les jeunes sénégalais de la ferme ont pu découvrir une plante fantastique qu’ils connaissent très bien : le Mbamkhanassé est une plante médicinale avec une racine étonnante. En creusant le bassin de pisciculture. un Mbamkhanassé se trouvait sur le chemin. Nous l’avons retiré de sa gangue de sable. Nous avons alors découvert cette racine qui dans sa partie la plus large fait près de 50 cm et d’une longueur d’au moins 2 m. Cette racine pivot entraîne l’humidité du sous-sol vers le sol, comme tous les arbres. Mais là, nous avons pu clairement visualiser l’effet de pompe à eau.

Les jeunes ont pu vérifier que l’humidité du sol remonte le long de la racine par capillarité. C’est bien la plante qui fait remonter l’humidité du sous-sol. D’ailleurs un peu à l’écart de la plante, l’humidité est inexistante sur les premiers 30 cm. Ensuite la terre devient de plus en plus humide. au fur et à mesure que l’on creuse le sol.

Florian et le Mbamkhanassé !

30 cm de racines ?

Alors qu’en Belgique, lors des (encore rares) épisodes caniculaires que nous avons déjà connu, la profondeur de l’humidité se situe à environ 10-15 cm. A Ndoumboudj, il faut atteindre les 30-40 cm de profondeur. C’est là que réside la difficulté de la terre sénégalaise. La nature du sol ne facilite pas la rétention de l’humidité. En Belgique, le sol est clairement argileux et retient bien l’eau. Celle de la ferme-école est sablonneuse et ne retient guère l’eau.

L’enjeu est fondamentalement là. Les arbres enracinés profondément peuvent chercher l’eau à des profondeurs insoupçonnées. L’arbre est un atout intéressant pour garder l’humidité dans le sol. Mais l’arbre a besoin d’eau pour pousser, d’où l’urgence du forage à effectuer dans les plus brefs délais.

En effet, nous avons planté des arbres fruitiers (citronnier, orangers, manguier, pomme cannelle, etc). dans deux endroits de la parcelle. Il est évident que pour prendre racine, les arbres doivent chercher l’humidité le plus profondément possible. Les arrosages devront s’espacer au fur et à mesure des semaines., puisque maintenant nous savons que les premières traces d’humidité apparaissent à 30-40 cm sous la surface du sol, en saison sèche.

Il y a donc un beau challenge à relever. Comment combler de manière permanente ces 30-40 cm d’espace non-humide durant la saison sèche qui commence en décembre et se termine début juin ?

Trucs et ficelles

Il existe des trucs et ficelles comme le fait de pailler le sol pour garder le plus possible l’humidité. Le fait aussi d’associer les plantes, celles qui ont besoin d’eau avec celles qui en demandent moins, les feuillages des plantes aident aussi à la couverture du sol. Nous iront chercher le savoir des anciens ? Comment faisait-on au Sénégal avant l’ère du chimique ? Nous développerons aussi des techniques en provenance des pays sahéliens… Mais avant tout cela, il faut planter des arbres d’autant que nous avons visité de jolies pépinières notamment à Toubacouta !

Réalisation d’une première compostière

En parlant de sol, il est bon aussi de le travailler non pas en le labourant mais en le transformant au cours des ans par des apports de fumure organique, du compost, des feuilles tombées des arbres…. A coté de chaque parcelle sera ménagé un espace dédié aux compostières avec ses trois excavations. L’enrichissement du sol est un travail de longue haleine qui va amener la ferme-école à expérimenter ses propres solutions, en fonction de son terroir.

Une belle équipe de jeunes

Quand j’utilise le pronom « nous » dans le texte, cela inclus les 5 membres de l’équipe de la ferme-école que sont Moussa, Mamadou, Bibi, Arouna et Abel. Florian t’Serstevens et moi-même, nous avons été sollicité par Asmae pour travailler sur le volet agricole et formation de la ferme. C’est à ce titre que nous avons travaillé à la mise en place de modules de formation. Ces modules sont au nombre de huit et ont été construit sur base des problèmes et difficultés rencontrés depuis les débuts de la ferme par l’équipe en place.

  • Gestion de l’eau : forage, bassin de rétention d’eau, calabash, paillage, plantation d’arbres (introduction), irrigation…
  • Les semences : semis, repiquage, association positive des plantes, récolte des produits et des semences, stockage…
  • Les arbres à planter, fruitiers, cocotiers. A quoi servent les arbres…
  • La nature du sol, sa fertilisation, l’apport de compost et comment le réaliser, apport d’azote…
  • Pépinière : comment la réaliser, à l’abris du vent et des prédateurs ? Protection contre le soleil ?
  • Les animaux : les auxiliaires des maraîchers comme les pollinisateur et les prédateurs. Comment gérer les protections (clôture, voile, gabion…)
  • Les outils de base de la ferme. Un travail à la main ? Labourage ? (Charette, tracteur, pelle, pioche, hilaire, daba,…)
  • Les plantes médicinales pour les êtres humains et pour les plantes. Comment réaliser un purin, une macération, une décoction ou une infusion. Quelles parties de la plante à utiliser. Les plantes médicinales sénégalaises.

Des travailleurs engagés

Creuser le sol plutôt que de faire des buttes qui n’ont aucun sens au Sénégal.

Bien sûr, il y aura d’autres modules dans l’avenir d’autant que la ferme de Ndoumboudj se veut expérimentale à l’instar de « Pas à Pas ». Quand nous avons travaillé sur l’association des plantes et que nous avons semé dans les lignes d’oignon des carottes et des radis, Moussa m’a suggéré ceci : repiquer sur les billons des patates douces. Son argument ? augmenter la surface foliaire et mieux protéger le sol contre les rayons du soleil et garder ainsi plus d’humidité. Proposition acceptée avec joie et à l’unanimité !

Le plan non définitif de la ferme-école

L’idée est que le visiteur se promènera dans un petit paradis cherchant son bonheur dans des espaces maraîchers différents les uns des autres. A termes le visiteurs ou le stagiaires découvrira toutes les techniques naturelles de culture.

Plus de trous que de clôture !

Je terminerais cet article avec le problème numéro 1 de le ferme transformé très rapidement en solution : sa clôture. Ce problème était récurrent depuis au moins 6 mois. Les vaches et les chèvres entraient dans le périmètre de la ferme comme si de rien n’était. L’équipe de la ferme a bien pris le problème à bras le corps avec les moyens du bord. Il fallait quelques malheureux 400 euro pour résoudre le problèmes dans un premier temps ! Nous avons acheté 300 m de treillis à petites mailles. Nous les avons aussi utilisé pour entourer les arbres fruités nouvellement plantés pour les protéger contre les écureuils ! Actuellement, plus aucun mammifère à quatre pattes ne rentrent dans la ferme ! (1)

L’équipe au travail sur les trous dans la clôture

Et si un trou devait encore exister, l’équipe de la ferme a une réserve de treillis pour boucher les trous. Au début de l’année 2021, une équipe belgo-sénégalaise construira un mur de 80 cm de haut en brique. La partie supérieure sera en treillis récupéré de nos achats. L’étape suivante et qui prendra aussi quelques années, sera de planter devant ces murets des épineux, des bougainvilliers ou des plantes mellifères pour ne pas devoir remplacer le grillage trop souvent.

L’équipe est repartie sur de bonnes bases. Les premières formations seront animées avec les groupes belgo-sénégalais de février, d’avril et de juillet. Ce seront autant de moments d’exercice pour l’équipe pour devenir petit à petit des moniteurs qui accompagneront dans les plus brefs délais des stagiaires sénégalais en provenance des 52 villages de la zone rurale de Toubacouta.

Géry de Broqueville

(1) Excepté les écureuils et les singes. Mais ceux-là passent par-dessus les clôtures…